Paris, capitale de la mode, a aussi été, ce week-end, celle de la finance ivoirienne. En effet, une rencontre, organisée en marge du forum « Diaspora for Growth 2026 », s'est tenue en présence du Ministre délégué chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur ainsi que de l'Ambassadeur de Côte d'Ivoire en France. Devant cet auditoire composite, mêlant entrepreneurs, cadres et étudiants, le Ministre du Plan a détaillé une ambition, faire de la communauté ivoirienne de l'étranger un acteur central du financement du développement national.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes, les transferts annuels de la diaspora ivoirienne dépassent désormais 900 milliards de francs cfa, un montant supérieur à l'aide publique au développement reçue par le pays. Cette progression est spectaculaire sur la durée puisque ces flux sont passés de 99,5 milliards de francs cfa en 2008 à environ 938,8 milliards en 2025, soit une hausse de plus de 540% en 15 ans. Le défi du gouvernement consiste désormais à transformer cette manne, aujourd'hui largement absorbée par la consommation des ménages, en investissement productif générateur d'emplois et de valeur ajoutée.
Pour y parvenir, la politique gouvernementale s'articule autour de trois axes complémentaires présentés à Paris. Le premier axe consiste en des instruments financiers dédiés, notamment des emprunts obligatoires spécifiques et un fonds d'investissement réservé à la diaspora, destinés à canaliser l'épargne vers des projets concrets. Le deuxième axe vise à sécuriser l'environnement d'investissement, via un guichet unique et des mécanismes de protection des projets portés par les Ivoiriens de l'étranger. Le troisième axe porte sur la valorisation des compétences, afin que les expertises acquises à l'étranger irriguent les secteurs stratégiques comme l'industrie, le numérique, la fintech et la recherche.
Cette stratégie s'inscrit dans le Plan national de développement 2026-2030, qui prévoit un programme d'investissement colossal de 114 838,5 milliards de francs cfa, dont 70,2%, soit 80 614,7 milliards, attendus du secteur privé. La part publique, fixée à 34 223,9 milliards de francs CFA, ne suffira pas à elle seule à porter cette ambition, d'où le rôle crucial attribué aux investisseurs privés, que comprend la diaspora. En clair, Abidjan mise également sur la contribution de ses millions de ressortissants à l'étranger pour participer au financement de sa décennie de transformation économique.