De Tallinn à Abidjan, une ambition continentale se dessine. En effet, lorsqu'un Ministre africain du numérique pose ses valises à Tallinn, ce n'est pas un simple voyage diplomatique. C'est une confrontation directe avec l'avenir. Classée parmi les toutes premières nations en matière de cybergouvernance par les Nations unies, l'Estonie a bâti en quelques décennies un État entièrement numérique, où 99% des services publics sont accessibles en ligne et où plus de 130 cas d'usage de l'intelligence artificielle sont intégrés dans l'administration.

C'est dans ce cadre avant-gardiste que le Ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, a participé à la session Europe-Afrique de l'Est dédiée aux  Infrastructures Publiques Numériques (DPI), il y a quelques jours. Il a pu échanger avec de nombreux acteurs du numérique estonien et découvrir les pratiques qui font de ce pays une référence mondiale en matière de digitalisation. Lors de son intervention, le Ministre a rappelé un principe fondateur, la transformation numérique repose sur des infrastructures connectées, fiables et interopérables, au service des citoyens, des entreprises et des administrations. Face aux défis persistants du continent, notamment la fragmentation réglementaire, les inégalités d'accès et la faiblesse des systèmes transfrontaliers, il a plaidé pour des DPI régionales adaptées, capables de renforcer l'intégration entre États africains.

À l'heure où la Banque mondiale investit 266,5 millions de dollars pour un marché numérique unique en Afrique de l'Ouest, la vision du Ministre Ouattara s'inscrit dans une dynamique continentale irréversible. L'Estonie a prouvé qu'un État peut se réinventer par le numérique. L'Afrique, elle, a désormais choisi d'en écrire sa propre version.