Présentée à l'ouverture de la sixième édition de l'African Digital Week, organisée les 1er et 2 juin 2026 à Abidjan, cette stratégie s'inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement du numérique 2021-2025. Selon le Portail officiel du gouvernement, elle vise à répondre aux nouveaux défis liés aux technologies émergentes et à la souveraineté numérique. La première priorité concerne la connectivité et l'accès au numérique. Le gouvernement entend poursuivre l'extension des infrastructures afin d'améliorer la couverture du territoire et réduire les disparités entre les centres urbains et les zones moins desservies. Cet enjeu apparaît déterminant dans un contexte où le pays enregistre une forte progression des usages numériques. Selon les statistiques de l'Autorité de régulation des télécommunications de Côte d'Ivoire (ARTCI), le marché comptait plus de 53 millions d'abonnements mobiles en 2024, avec un taux de pénétration à 172,2% tandis que le nombre d'abonnés à internet mobile s’élevait à près de 30 millions pour un taux de pénétration de 93,7%.

Le deuxième pilier porte sur la transformation digitale de l'administration publique. L'objectif est d'accélérer la dématérialisation des services afin de simplifier les démarches administratives et d'améliorer l'accès des citoyens et des entreprises aux prestations publiques. Cette orientation s'appuie sur les progrès déjà enregistrés ces dernières années dans le domaine de l'e-gouvernement. Les données des Nations unies montrent que l'indice de développement de l'administration électronique de la Côte d'Ivoire est passé de 0,4457 en 2020 à 0,5587 en 2024. L'innovation constitue le troisième axe de cette stratégie. Le pays souhaite favoriser l'émergence d'un écosystème plus compétitif à travers le soutien aux jeunes entreprises technologiques, le développement de nouveaux services numériques et le renforcement des investissements dans les infrastructures. Cette orientation intervient alors qu'Abidjan s'affirme progressivement comme l'un des principaux pôles technologiques d'Afrique francophone. L'intelligence artificielle fait également son apparition parmi les priorités e a stratégie nationale du digital.

Les autorités ambitionnent de favoriser l'appropriation de cette technologie dans différents secteurs d'activité. L'agriculture, la santé, l'éducation, les services financiers ou encore l'industrie pourraient bénéficier des applications liées à l'intelligence artificielle afin d'améliorer la productivité et la qualité des services. La cybersécurité et la confiance numérique figurent parmi les autres piliers majeurs de la stratégie. Avec la multiplication des transactions électroniques et la progression des services dématérialisés, les questions relatives à la protection des données et à la sécurisation des systèmes deviennent de plus en plus importantes. Les autorités entendent ainsi renforcer les capacités nationales afin de garantir un environnement numérique plus sûr pour les entreprises et les populations.

Le développement des compétences numériques constitue également un enjeu central. L'essor des technologies émergentes crée de nouveaux besoins en ressources humaines qualifiées. Développeurs, ingénieurs en intelligence artificielle, experts en cybersécurité, spécialistes du cloud computing ou encore analystes de données figurent parmi les profils dont la demande devrait croître dans les prochaines années. La modernisation de la Poste de Côte d'Ivoire complète les principaux axes de cette vision. L'objectif consiste à adapter les services postaux aux mutations induites par la digitalisation de l'économie et à accompagner le développement du commerce électronique et des services numériques.

Des retombées attendues pour l'économie et l'emploi

Au-delà de ces différents piliers, les retombées attendues concernent l'ensemble de l'économie ivoirienne. Selon la Banque mondiale, l'économie numérique pourrait devenir l'un des principaux moteurs de croissance du continent africain grâce à l'amélioration de la productivité et à l'émergence de nouveaux marchés. La contribution du numérique au produit intérieur brut ivoirien pourrait atteindre 15 % à l'horizon 2030, contre environ 6 % actuellement. Les petites et moyennes entreprises figurent parmi les premiers bénéficiaires potentiels de cette transformation. L'utilisation des outils numériques permet d'améliorer la gestion, d'accéder à de nouveaux marchés et de renforcer la compétitivité. Le développement du commerce électronique, des solutions de paiement mobile, des centres de données et des services numériques devrait également favoriser l'apparition de nouvelles activités économiques.

À travers cette stratégie à l'horizon 2035, la Côte d'Ivoire affiche surtout son ambition de consolider son statut de plateforme technologique régionale. Forte de son poids économique en Afrique de l'Ouest et des progrès enregistrés ces dernières années dans le secteur des télécommunications, elle entend attirer davantage d'investissements et faire du numérique l'un des piliers de sa transformation économique au cours de la prochaine décennie.