La Côte d'Ivoire vient de franchir un cap industriel inédit sur le continent. En effet, ce jeudi 18 juin, dansla zone industrielle PK 31 d'Attinguié, une révolution silencieuse a été lancée. Dans les entrailles d'une usine flambant neuve du groupe Valency International, des coques de cajou (résidus que l'on jetait hier) entrent dans un processus de pyrolyse pour en ressortir transformées en biochar, ce charbon végétal que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) reconnaît depuis 2018 comme une « technologie à émissions négatives ».

L'installation, inaugurée en présence d’officiels et de plusieurs partenaires techniques et financiers, dispose d'une capacité annuelle de traitement d'environ 20 000 tonnes de tourteaux de coques de cajou, pour une production de près de 6 000 tonnes de biochar par an. Un volume qui place d'emblée cette unité dans la catégorie industrielle, loin des installations artisanales qui caractérisent encore la majorité de la production africaine de ce matériau.

Une image de l’intérieur de la nouvelle usine de Biochar en Côte d’Ivoire, Zone industrielle PK 31 à Attinguié
Une image de l’intérieur de la nouvelle usine de Biochar en Côte d’Ivoire, Zone industrielle PK 31 à Attinguié

« Nous assistons à la transformation de sous-produits agricoles en ressources industrielles stratégiques », a déclaré le Ministre Kalil Konaté, saluant une « industrialisation durable fondée sur l'innovation, la création de valeur locale et l'économie circulaire ». Outre le biochar, la technologie déployée par Valency International et son partenaire Revata Carbon permet également de produire des biocarburants et de l'énergie propre, élargissant ainsi le spectre de valorisation de la filière anacarde.

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de noix de cajou brute, génère chaque année d'immenses quantités de coques inexploitées. Ce projet incarne précisément la vision gouvernementale de remonter les chaînes de valeur et d'intensifier la transformation locale des matières premières. Le Ministre a d'ailleurs annoncé que d'autres unités de production de bio-huile (CNSL) sont en cours de développement, élargissant les perspectives industrielles de la filière. Sur le marché international, la tonne de CO₂ séquestrée grâce au biochar se négocie aujourd'hui autour de 280 euros, avec des projections pouvant atteindre 700 euros en 2030, selon Terra Fertilis, leader français du biochar, faisant de ce secteur un gisement de valeur considérable pour les économies tropicales dotées de biomasse agricole abondante.

Ainsi, en ouvrant ce premier four africain du biochar de cajou, la Côte d'Ivoire ne recycle pas seulement ses déchets, elle recycle son modèle de développement, selon une vision industrielle claire, adossée aux orientations stratégiques du Chef de l’État S.E Alassane OUATTARA.